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French Tech : Avignon adopte l’approche thématique

Avignon, avec ses partenaires Arles, Carpentras, Nîmes, a déposé sa candidature au label French Tech le 27 décembre dernier. Nom de code : Avignon French Tech Culture. Un projet atypique qui s’articule autour du développement d’applications numériques liées aux événements culturels avec une gouvernance et une méthodologie inédites.

De toutes les candidatures régionales au label French, celle de la French Tech Culture Avignon est sans conteste la plus atypique. Cela ne tient pas tant à ses contours géographiques qui tracent une ligne, en ignorant les frontières administratives de deux régions et trois départements, pour préférer la réalité économique d’un bassin de vie et d’emplois allant de Carpentras à Nîmes en passant par Avignon et Arles. Sa différence est ailleurs. À commencer par sa méthodologie. Quand toutes les métropoles labellisées à l’occasion des premières décisions intervenues fin novembre par le gouvernement sont en train de structurer leur gouvernance, la « French Tech Culture » a procédé à l’inverse. « Nous avons mis en place une structure de gouvernance dès décembre 2013 avec la création d’une association née de l’initiative privée pour travailler sur la préfiguration du dossier », explique Pascal Keiser, qui fait office de chief digital officer. Ingénieur de formation, le directeur de la Manufacture, qui gère plusieurs lieux culturels en Avignon, est aussi le directeur de TechnocITé, un centre de formation continue dédié aux technologies numériques basé à Mons en Belgique formant plus de 5 000 personnes par an dans des cycles courts et intensifs. Il est aussi l’initiateur du concept de « Digital Innovation Valley » à Mons qui a attiré des entreprises comme Google, Microsoft, IBM.

Un an de travail de préfiguration
Sous la présidence de Paul Hermelin, PDG de Cap Gemini, l’association de préfiguration compte pour autres initiateurs Olivier Py, le directeur du Festival d’Avignon et Emmanuel Ethis, le président de l’université d’Avignon. « Dès lors, nous avons composé un comité de pilotage avec une trentaine de membres qui s’est réuni une fois par mois pendant un an », poursuit le chef de projet. Initiée par des personnalités privées, la candidature a drainé autour d’elles sept collectivités locales (les communautés d’agglomération du Grand Avignon, de Ventoux -Comtat – Venaissin, les communautés de communes Portes du Lubéron, des Pays des Sorgues Monts de Vaucluse, des Sorgues du Comtat, le CG 84, Région PACA, les Villes d’Avignon et d’Arles et les CCI de Vaucluse, du Gard, et du Pays d’Arles).

Benckmarking et stratégie de travail de terrain
Cette démarche en mode projet avec un budget d’amorçage (140 K€) apporté par le Crédit agricole Alpes-Provence, l’université d’Avignon, le Festival d’Avignon et TechnoCIté, a débouché sur l’élaboration d’une candidature au positionnement plus tactique avec une approche thématique et non généraliste comme la plupart des candidatures. « Nous sommes un sur territoire qui bénéficie de la tenue de grands festivals européens d’arts vivants (Festival d’Avignon), de photographie (Rencontres photographiques d’Arles), lyriques (chorégies d’Orange et festival d’Aix), de piano (Festival de La Roque d’Anthéron) notamment.  Soit neuf événements de renommée mondiale totalisant 2 millions de spectateurs. Ce sont autant d’opportunités de tester des produits, des applis et des technologies web sur des flux de personnes importants. Le projet vise donc à faire de ce territoire la référence européenne dans la gestion du développement d’applications numériques liées à ces évènements », développe celui qui est aussi l’un des acteurs de la candidature de Mons au titre de la Capitale européenne de la culture en 2015, où il est en charge de la direction du programme artistique numérique.

Des success stories
La candidature a également agi comme un catalyseur. « On est sur un territoire où il n’y a pas eu de structuration de l’économie numérique. Or, le cadastre de l’existant a révélé une densité étonnante d’entreprises innovantes avec une filière numérique regroupant 700 entreprises dans le seul Vaucluse, un écosystème de startups et un cluster numérique qui regroupe une centaine d’entreprises sous le label Avignon Delta Numérique*». Certaines de ses entreprises affichent une croissance solide et un chiffre d’affaires de plus de 5 M€ (Autajon, Neopost ID, CBA, B2P web, Jocatop, Elvitec, LSI Sud) voire au-delà des 10 M€ (Apelem, Pellenc Selective Technologies, Neopost ID et Egide SA).

Un parc d’attraction numérique autour de Spirou
Aussi cette démarche a-t-elle permis de sortir de l’ombre des initiatives de collectivités locales. Monteux-Lac de Beaulieu (84) porte le projet d’un parc Spirou avec une majorité d’attractions créées autour des technologies numériques (projet porté par la SAS Parexi, investissement de 75 M€, ouverture du parc prévue pour le second semestre 2015). Carpentras (84) ouvrira à la rentrée 2015, après rénovation de l’ancien collège des Jésuites, l’ ESACC, une école dédiée aux arts numériques et à la création de jeux vidéo (un investissement de 650 K€ cofinancé à 50 % dans le cadre du Programme National des Quartiers Anciens Dégradés),
Lourmarin, petit bourg du Lubéron (84) de 1 088 habitants, a crée un FabLab, doté d’équipements exceptionnels au regard de la taille de la ville (imprimante et scanner 3D, portable de matériel électronique, micros contrôleurs programmables, plotter de découpe…) associé à un accompagnement qualifié afin de favoriser l’appropriation des technologies et des usages de l’Internet. La CCI du Pays d’Arles soutient un projet de cluster d’innovation pédagogique et numérique. Avignon est en train de transformer l’ancienne Fac des sciences en un espace entrepreneurial numérique (pré incubation, coworking, formation continue), opérationnel d’ici à 2017 (financement dans le cadre du CPER, budget de 20 M€).

Objectif de 1 000 personnes formées dès 2015
Toutes ces initiatives se trouvent valorisées au sein de la stratégie d’ensemble « qui décline deux grands axes stratégiques : du développement économie numérique lié à la culture en général et aux grands événements saisonniers en particulier avec un living lab et un volet pédagogique et social. »
Ce volet est notamment incarné par le projet FabricA Numérique porté par Olivier Py et auquel est associé le pôle de formation permanente de l’Université d’Avignon. L’idée est de créer un ensemble d’espaces de création, formation et réinsertion professionnelle pour des publics prioritaires « en vue d’une appropriation massive des technologies afin de développer un terreau de compétences propice au développement des projets et des startups existantes, mais aussi d’attirer de nombreux acteurs majeurs du numérique », défend le directeur de TechnoCIté, étroitement associé à cette phase. Le programme prévoit dès 2015 un déploiement de formations intensives avec un objectif de 1 000 personnes formées par an.

Avignon TGV Confluence
L’intérêt de la candidature fut aussi de réveiller le projet Avignon TGV Confluence, porté par CITADIS, la SEM du Grand Avignon : un vaste espace urbain de 105 ha face à la gare TGV. Cet espace devrait accueillir des incubateurs d’entreprises numériques et un accélérateur sur le modèle de la « Digital Innovation Valley » à Mons, qui a permis la création de 1 000 emplois et 100 startups en quatre ans et de drainer des investissements importants de Google (800 M€ dans leur centre de données européen), de Microsoft ou d’IBM.

Car au-delà, « la problématique qui se pose aujourd’hui sur le territoire européen : Les villes de taille moyenne ont-elles vocation à devenir des cités dortoirs des grandes métropoles avoisinantes ou sont-elles capables de développer une stratégie offensive et devenir attractive ? », interroge Pascal Keiser. La ville belge de 100 000 habitants, à 70 km au sud-ouest de Bruxelles, qui présente de fortes similitudes avec Avignon, semble avoir fait la démonstration qu’elle était capable de générer du développement économique endogène.

Adeline Descamps

*Créé en 2000, ADN réunit 60 TPE/PME du bassin d’activité d’Avignon (84, 30, 26 et 13) et est membre du conseil d’administration de la candidature d’Avignon pour l’obtention du label.

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